Encore de la musique excitante. Les disques dont j'aimerais parler dans ce blog s'accumulent à une vitesse fulgurante et je prends beaucoup de retard dans leur écoute et leur digestion. De plus, les nouvelles entrées abondent et j'ai du me faire une liste pour ne pas en oublier. Au sommet de ma liste, depuis près d'un mois, se trouvait "New Slaves".
Je me souviens l'année dernière dans le cadre du Suoni per il Popolo,je me suis déplacé à la Sala Rossa pour voir le spectacle de Chris Corsano et Six Organs of Admittance. Ce spectacle était annoncé relativement tôt et le mot se passait qu'ils allaient commencer à l'heure. Je suis donc arrivé un peu d'avance pour finalement apprendre qu'un autre groupe s'était ajouté et avait déjà commencé., J'ai pu capter les dernières minutes du set d'un groupe New-Yorkais nommé Zs. Une dernière pièce quand même intéressante, un placement sur scène circulaire, saxophone, guitares et batterie et trouvant dans un feu croisé de rock-noise fortement inspiré de free-jazz. J'ai pu aussi être témoin du plus intense battements de main sur des cuisses de la part du saxophoniste. C'était fort, lourd, intense et ça tirait de tous les côtés. J'ai hésité à acheter un de leur cd et finalement me suis abstenu par manque de moyens.
Il y a quelques mois, le label The Social Registry a fait paraître le nouvel album de Zs, intitulé "New Slaves". Percussif, bruitiste, free, follement intense... Les montées d'adrénaline se succèdent les unes à la suite des autres,pour créer une écoute hautement participative pour un disque iconoclaste.
Zs ont crée une oeuvre intersidérale, teintée d'électroniques éclatés, d'effets de distorsion qui se déplace dans l'espace temps, allant emprunter certaines teintes au Krautrock par des rythmiques de type "motorik", s'inspirant du free-jazz, du noise et même du métal pare moment, dans l'intensité des guitares électriques.Dans ce voyage spatial, des fils électriques de haute-tension sont tendus un peu partout, comme des embûches dédiées aux voyageurs distraits qui écoutent sans porter attention. Lors du contact la décharge est telle qu'on est aisément rebuté. Cependant, les auditeurs plus attentifs et concentrés sauront manoeuvrer dans cette course à obstacle sonore et reconnaîtront la beauté de ce disque. Un grand disque, brutal, urbain, expérimental, ancré dans des courant musicaux intransigeants qui ont su marquer la musique.
L'utilisation de la distorsion sur le saxophone est superbe, Sam Hillmer n'est surement pas le meilleur jouer, mais son jeu gagne tellement en intensité qu'il parvient à nous donner la chair de poule surtout lors des vingt minutes de la pièce titre. Par chance des pièces plus tranquilles viennent créer une brèche dans cet assaut délirant. Ainsi, la superbe "Masonry" vient nous offrir un moment de repos tout en douceur et les deux pièces qui clôturent le disque "Black Crown Ceremony I et II" sont plus retenue, les percussions sont quasi absentes et on se fait traîner dans un univers beaucoup plus ambiant. Sombre , mais ambiant. Finalement, le battage de mains qui m'avait impressionner semble se retrouver sur la pièce "Acres of Sin", un morceau rythmique hallucinant.
J'ai entendu parler de Peeesseye lors de leur passage au festival de Victo en 2008. À ce moment, c'était le seul spectacle qui avait attiré mon attention, seulement, la perspective de dépenser 30$ pour ce show, sans compter les deux heures de trajet, ont refroidi considérablement mes ardeurs. J'ai quand même fait mes recherches et déniché deux de leurs albums sur le label Evolving Ear soit, "Commuting between the surface & the underworld" et "Mayhem in the Mansion". Deux excellents disques de folk/noise très sombre, où les trois musiciens de Peeesseye ne rebutent pas attaquer l'abstraction de plein front. D'ailleurs, c'est surement grâce au label Evolving ear que ces deux groupes ont fait connaissance (ou ils se connaissaient déjà), Talibam! ayant fait paraître un cd-r sur ce label.
Les gens qui s'intéressent sérieusement à la musique expérimentale et au free-jazz ont surement entendu parler du duo Talibam!. Depuis près de deux ans, le tandem de Kevin Shea au drums et Matt Mottel aux claviers, fait considérablement parler de lui. Ils cumulent les albums abrasifs de musique improvisée ainsi que des collaborations avec des jazzmen aux mêmes affinités qu'eux. D'ailleurs, ils font parti des quelques groupes contemporains ayant sorti un disque sur le label ESP depuis la reprise de leurs activités l'année dernière. Il và sans dire que Talibam! attire l'attention mais la mienne est passée à côté, trouvant leur free-jazz trop bruitiste et énergique pour m'inciter à acheter un de leur disque.
C'est donc Peeesseye qui m'a convaincu de prendre une chance avec ce disque. Et quelle chance... Ce disque est tout simplement phénoménal. Et je pèse mes mots. Une sublime collaboration entre des artistes partageant une esthétique similaire. Un joyeux mélange de rock, jazz, folk et noise dans un tourbillon multicolore nous propulse dès la première pièce dans un monde complètement excitant. La première pièce "You tried (to eat it)" est supportée par une rythmique dynamique très rock, un riff de guitare monstrueux et des claviers tellement entraînant que je ne peux réprimer un sourire quand la toune démarre pour de bon. Je ne sais pas ce qu'ils ont essayé de manger mais quelqu'un ne semble pas apprécier. Cette pièce à elle seule vaut le disque et ce qui s'ensuit est tout aussi bon. Outre les claviers et le drums, le trio de John Forsythe, Jamie Fennelly et Fritz Welch joue principalement des électroniques indiscernables, de la guitare et des percussions. Ils jouent aussi surement d'autres choses mais l'absence d'infos sur ce disque nous laisse avec le jeu du : "devine les sons qui sont sur ce disque", jeu auquel je n'excelle pas beaucoup.
Enregistré en deux jours, ce disque est focusé en une direction commune; celle qui se dirige à l'extrême des genres et qui se fiche bien où cela peut les mener. Ici,le qualificatif "fusion" veut dire vraiment autre chose que ce à quoi on s'est habitué. Les pièces se fondent les unes dans les autres sans accrochages majeurs et les musiciens nous apparaissent hautement à l'écoute de ce qui se passe. Je crois bien qu'il s'agit de sessions d'improvisation et si c'est le cas, c'est de la haute voltige. Le free-jazz de l'ère "Fire Music" est finalement en train de se redéfinir avec des musiciens d'une autre génération qui osent incorporer leurs influences et les nouveau genres. Le seul point faible est la pièce "Everything for Everyone", un morceau plus noise avec des paroles "démoniaques" tenant des propos peu intéressants sur leur besoin de demeurer sans visage dans ce monde de l'identité afin d'être tous et chacun...bof... Mais par chance cette voix ne dure pas très longtemps et est sauvée en partie par le support d'un autre vocaliste qui récite les mêmes paroles mais de façon plus chantée et sans les effets démoniaques. Mais le reste est de la bombe. Le terme psychédélique s'applique ici mais je manque de qualificatifs pour définir ce que j'entends, surtout dans les moments les plus doux de guitare accompagnés de drones et de claviers mélodiques, tout en demeurant abrasif. L'intensité et les moments plus réfléchis se côtoient sans heurts et font de ce disque une oeuvre de musique improvisée s'inscrivant dans la tradition du free-jazz mais se permettant également de redéfinir le genre.
Talibam! est en spectacle dimanche au Souoni Per Il Ppolo avec les groupes locaux Tonsstartbands et Panopticon Eyelids. À la Casa.
Un des plus beau exemples de branding des cinq dernières années s'est fait dans la musique. Happant au détour la poésie et l'art oratoire. Il s'agit du terme "Slam" qui est mis en cause. Depuis environ cinq ans, on dirait que le terme s'est instillé dans le vocabulaire québécois créant de superbes expressions telles : "T'as fait un bon slam" lorsque , par exemple, je ne faisais que rapper. avant qu'on nous exporte Grand Corps Malade, pas beaucoup de gens au Québec avaient entendu parlé du Slam. D'ailleurs, je crois qu'avant 2000, ceux qui s'y intéressaient venaient 1) du rap, ou 2) étaient anglophones. Pour moi, le terme slam a été défini par le film du même nom, mettant en vedette Saul Williams, que je considérais comme un rappeur (et que je considère toujours comme tel)et que j'admirais préalablement au visionnement du film. Dans ce film, il participe à une soirée Slam, telle qu'elles existaient depuis plusieurs décennies et existent toujours par ailleurs. C'est-à-dire une joute oratoire, avec des règles, des juges, des points attribués. Le slam n'est pas un style de musique et encore moins un sous-produit de la poésie. Mais les temps changent et les définitions aussi, les mouvements de masse étant plus fort que celui de particuliers qui s'évertuent à rétablir les choses. Maintenant si on me dit que je fais du slam, je réponds parfois oui, parfois non, dépendamment de mon humeur.
c'est dommage qu'on n'ait pas parlé du slam plus tôt au Québec, ou non, c'est dommage que l'art oratoire, la poésie parlée n'ait pas eu de vitrine plus intéressante. Il a fallu le succès commercial d'un artiste français pour qu'on embarque dans le "bandwagon", comme on dit. Dommage car on est passé à côté de pleins de trucs, surtout anglophones (mais ça c'est un autre débat): les Coco Café, la poétesse/mc Buttafly, Alexis O'Hara, Ian Ferrier, Patrice Desbiens et pleins d'autres que j'ignore.
Le slam au Québec est décontextualisé, la nécessité de l'utiliser pour traduire un style musical est, me semble-t-il un aberration. Parce que, tenez-le-vous pour dit, de la poésie parlée, rythmée sur de la musique, qui n'est pas nécessairement du rap, ben il en a eu, en France de surcroît et il y a pas si longtemps. Un collègue mélomane français a attiré mon attention vers un groupe que je ne connaissais pas du tout et sur leur premier album en particulier. Il s'agit du groupe Programme et de leur disque "Le cerveau à la place de la bouche". Vous en vouliez du slam? En voilà. Du foutrement bon; des textes acides sur des musiques expérimentales intéressantes et c'est sorti en....... 2000. donc au moins 6 ans avant qu'on entende parler de notre ami Fabien Marceau. Leur site est très intéressant et vaut le coup d'oeil.
Un autre album intéressant dans le même genre, sorti en 2005, est celui de Non-Stop "Road movie en béquilles". Je suis prêt à parier que mes concitoyens québécois n'ont jamais, mais jamais entendu parler de ce type. Pourtant c'est aussi excellent. Ce disque contient un chef d'oeuvre, la pièce "Le fils du soldat inconnu" est une histoire initiatique Lynchéenne narrée sur un fond musical sobre mais totalement captivant. C'est disons, plus hip-hop dans la rythmique des morceaux et le chanteur plus près du rap que Programme. c'est un disque que Martial, le disquaire du Total Heaven à Bordeaux m'avait suggéré.
Tout ça pour en venir à parler des groupes français qui oscillent dangereusement entre le rap et ce qu'on nomme le slam. Le groupe Psykick Lyrikah par exemple est tout simplement génial. Découvert par hasard sur un blog hip-hop français, j'ai fait des pieds et des mains pour me procurer les albums de ce groupe Rennais et leur plus récent, "Vu d'ici", était en tête de liste des disques à acheter lors de ma première tournée en France en 2008. C'est le rappeur Arm qui est le plus intéressant dans ce projet. Les beats sont supers, mais sa poésie est dense et ses images des plus suggestives. Il y a une noirceur incroyable à ces disques... Mon préféré reste le premier : "Des lumières sous la pluie".
Plus récemment, c'est le premier disque du groupe No: "Diagone" qui vient dans cette alternative référentielle où le rap se veut plus poétique, moins rythmique et où les rimes sont plus scandées comme des slogans que "flowées", si je peux me permettre l'expression. Seb Casino, la rappeur musicien derrière ce projet propose une musique sombre, près de l'industrielle mais avec une teinte parfois noise, parfois baroque (notez la présence de clavecin). Vraiment un disque intéressant qui se démarque du rap français conventionnel. Seul point faible, ce flow parfois scandé qui rappelle une technique un peu primitive, propre à un rap français plus old-school début 90.
Mais est-ce du slam? NON!!! Arrêtez. No c'est du rap, comme Héliodrome est du rap. Exemple criant; après ma performance au Festival de musique Actuelle de Victoriaville avec les Filles Électriques,le 21 mai dernier, un québécois francophone vient me féliciter pour mon slam, tandis que quelques instants plus tard,un amateur américain lui vient me féliciter pour mon rap... Autre exemple intéressant, propre au Québec cependant: On m'a proposé d'écrire un texte sur la vie de Miles Davis. Une amie québécoise trouve cela inaccessible, trop hermétique mais le producteur, un français soit dit en passant, trouve ça super bon... Car une chose qui est propre au slam, c'est de rendre la poésie accessible, simple, utilisant des mots pouvant être compris de tous. Et cela s'inscrit directement dans la veine du malaise culturel québecois, où tout doit être accessible et où on se refuse une certaine forme d'élitisme. Aussi, l'élément de référence culturelle y est majeur dans la définition qu'on fait des mots et des genres. Doit-on continuer à se battre pour se sortir de la définition fourre-tout du slam?
Soit dit en passant, je serais en spectacle sous la tente "Slam pepsi" des Francofolies de Montréal le samedi 12 juin à 19h, avec le projet de poésie et musique expérimental Erlenmeyer. Accessible la poésie? Pas sûr...
Nous sommes tous plus ou moins endettés, artistiquement bien entendu. Quelqu'un quelquepart a avant nous exploré les sentiers sonores que nous explorons à l'instant. Dans la musique, les véritables innovateurs sont en fait très rares. Si je regarde mon parcours personnel, les tangentes actuellement prises par ma musique et mes intérêts, je ne peux que reconnaître devoir beaucoup à une certaine école artistique, qui est encore méconnue malgré son impact majeur sur la culture moderne.
Et non, je ne parle pas du Hip-Hop..
Ma plus grande influence actuellement vient plutôt d'un mouvement artistique ayant pris naissance à la fin des années 50 et au début des années 60, je nommerais ici le mouvement Fluxus.
Fluxus est à la base un regroupement d'artistes new-yorkais ayant entrepris de redéfinir les règles de l'art et de la création, avec comme assises, entres autres, l'oeuvre du compositeur John Cage. Ainsi, le mouvement Fluxus comprend de la musique, mais aussi du cinéma, de l'art visuel et de la littérature. Un peu comme le hip-hop finalement...
Naturellement, c'est par la musique que j'ai pris contact avec le Fluxus et ce sans le savoir d'emblée. Le premier artiste associé à ce mouvement qui m'a profondément marqué est sans contredit le saxophoniste allemand Peter Brotzmann. Il y a une bonne histoire derrière cette découverte. Quand j'étais jeune, mon père était abonné à la revue culturelle française Actuel, une revue comme il ne s'en fait plus. Je lisais assiduement ce magazine en raison des articles étranges, des photos chocs et bien souvent pour les photos de femmes nues. Ainsi, un début d'adolescence marqué par la puberté amis aussi par l'expérience de drogues psychédéliques. Dans un des numéros d'Actuel, j'avais été frappé par la critique d'un disque, du groupe Material, intitulé «Hallucination Engine». J'écoutais principalement du prog des années 70 à l'époque et le fait qu'un disque contemporain puisse servir à l'hallucination avait piqué ma curiosité. Quelques années plus tard, je suis tombé sur le dit disque au Renaud Bray sur l'avenue du Parc, lors d'un dîner fumerie au Collège Français sur Fairmount. J'y retournais le lendemain, sans aucune gêne, pour voler mon premier disque compact...
Bon, ce disque n'a pas eut l'effet escompté, je ne sais pas trop à quoi je m'attendais mais je me souviens de l'avoir mis dans le lecteur lors d'un de nos nombreux trips d'acide et d'avoir pensé que son écoute allait provoquer des hallucinations... Après les nombreuses protestations de mes amis et l'absence d'hallucinations (même si je me disais que ça allait venir plus tard) j'ai dû remettre «Ummagumma» de Pink Floyd. J'avais cependant découvert des nouveaux noms: Bill Laswell, Nicky Skopelitis, William Burroughs.... Mais c'est Bill Laswell qui m'a marqué le plus. Suffisamment pour que je le retrouve des années plus tard derrière un projet fascinant de hip-hop intitulé Material Intonarumori. Sur ce disque on retrouvait Laswell à la prod mais aussi Kool Keith, Ramm El Zee, Juggaknots, Killah Priest, Flavor Flav et d'autres moins connus (J'ai appris plus tard que Laswell avait produit des disque d'Afrika Bambaataa, mais ça c'est une autre histoire).
Par la suite, j'ai arrêté de me droguer intensément et j'ai commencé à m'intéresser à la musique expérimentale. Mon ami 1-2-d'piq avait un disque chez lui d'une collaboration entre Bill Laswell et Peter Brotzmann nommé «Low Life». Disque difficile encore aujourd'hui, que je n'ai jamais écouté au complet je crois. Cependant j'étais curieux et quand j'ai vu dans le ICI (quand c'était bien, en 2001...) que Peter Brotzmann jouait dans une salle qui m'était alors inconnue nommée Casa del Popolo, j'ai décidé d'aller y faire un tour. J'en suis sorti transformé. Brotzmann jouait ce soir là avec William Parker et Hamid Drake et lors de cette soirée s'est profilé ce qui allait devenir mon obsession; le free-jazz et l'improvisation.
Ce n'est que bien plus tard que j'ai appris que Brotzmann faisait parti du mouvement Fluxus.
Qu'est ce donc le Fluxus? On relie l'origine du Fluxus à la pensée de John Cage qui parfois prône la deconstruction des écoles musicales et remet en question l'idée de la virtuosité dans la musique. La musique, comme l'art, n'a pas à se limiter à des écoles de pensée ou à des diktats esthétique. Dans ce monde, tout est possible et chacun est un artiste potentiel. Joseph Beuys a été également associé au Fluxus, et l'influence de ce penseur sur la scène musicale allemande des années 70 est indéniable (premier albums de Kraftwerk en tête de lice). Dans ce monde du choix et de la spontanéité, on apprend à jouer des instruments par nous-mêmes (comme Brotzmann),on compose des pièces pour de l'eau ou pour le silence et rien n'empêche de composer une oeuvre pour un plongeur devant la jouer dans le vagin d'une baleine (Nam June Paik). Ce monde est libre, créatif et dérangeant... C'est Georges Maciunas, un artsite visuel, qui aurait parti ce mouvement en 1961 à New-York, Autour de lui étaient regroupés des musiciens, des peintres, des réalisateurs, une petite communauté rendue possible grâce à Lamonte Young , semble-t-il.
En parlant de Young, c'est toute une génération de musiciens gravitant autour du Fluxus qui vont également s'inspirer de la musique modale indienne (les drones), surtout avec l'arrivée de Pandit Pran Nath à New-York en 1972. Cela a permis l'éclosion d'une école dite minimaliste avec en tête les Lamonte Young, Terry Riley, Henry Flynt, John Cale, Angus Maclise, Tony Conrad, Charlemagne Palestine, Rhys Chatham...Les Velvet Underground n'étant que la pointe de cet iceberg artistique
Au Japon le mouvement prend aussi de l'ampleur. Taj Mahal Travellers est définitivement le groupe qui actuellement m'inspire le plus, eux aussi associé au Fluxus. Les drones sont omniprésent et les oeuvres de Yoshi Wada et Takehisa Kosugi sont transcendantale. Mais on oublie souvent une des plus célèbre porte-parole (malgré elle) de ce mouvement; Yoko Ono, qui avant de rencontrer John Lennon fût mariée à Toshi Ichiyanagi, un des grands compositeurs et musicien du Fluxus japonais. Certains oublient que Yoko Ono avait une démarche artistique nettement plus intransigeante que son célèbre mari et quand on la dénigre en la traitant d'opportuniste, on peut se demander si ce n'est pas le contraire qui est arrivé aussi.
De plus, si je prends en considération les groupes de musiques contemporains que j'admire le plus, ceux-ci se rapprochent tous plus ou moins de l'idée du Fluxus. La liste serait longue... Et ça va aussi plus loin, en désinstitutionnalisant l'Art, le Fluxus a ouvert la porte à l'esthétique DIY qui influença énormémnet le mouvement punk et , pourquoi pas, le hip-hop aussi. La dette est immense et il faut savoir repayé à qui on a pris...
Il y a des émotions et des gens qui les mettent en musique. Will Oldham est , selon moi, un des artistes les plus marquants des quinze dernières années. Bien sûr, il n'a pas connu un succès commercial retentissant, mais cela ne l'empêche pas de sortir un album par année (en moyenne) et de bénéficier d'une reconnaissance majeure des acteurs important dans l'industrie du disque. J'aurais été curieux de voir son spectacle live en première partie de Bjork et la réaction du public...
Que ce soit sous son nom, le pseudonyme de Bonnie Prince Billy ou au sein des Palace Brothers et Palace Music, Oldham possède cette voix particulièrement fragile et une façon de chanter reconnaissable entre mille. Et au-delà du style il y a les textes. C'est probablement ce qui le distingue el plus de tous les autres auteurs compositeurs de sa catégorie( catégorie qui incluerait qui ? Vic Chesnutt? Smog?...suggestions?). C'est surtout sous Bonnie Prince Billy que j'ai été séduit par Will Oldham. Certains thèmes sont des thèmes majeurs dans la musique, surtout ceux portant sur les relations humaines; l'amour, l'amitié et la solitude sont des sources inépuisables d'inspiration pour ceux qui savent y puiser. D'autant plus que je me questionne continuellement sur le genre de vie que ces gens doivent mener, où du moins sur les pensées qui les habitent au quotidien...
Je suis entré de plein pied dans le monde de Bonnie Prince Billy par la porte du fabuleux «Master and Everyone» (2003). À ce moment (2003), je suis en peine d'amour et aux prises avec des considérations spirituelles. C'était avant de connaître Leonard Cohen. Mais quand même, c'était une des rares fois où quelqu'un mettait mes émotions en musique de cette façon et je ne pouvais qu'apprécier sa profondeur. Combien de fois ai-je ressenti cette montée d'émotions de ma gorge à mes yeux à l'écoute de «Hard life» et «The way». Ce disque a d'ailleurs connu un succès intéressant (pour un disque dépouillé de ce genre). J'avais cependant accroché sur une critique faite par Ian Penman dans les pages du Wire, qui ne partageait pas l'engouement de tous sur ce disque, lui préférant un disque antérieur, «I See a Darkness» (1999). Il lui reprochait aussi la «barbe conceptuelle» sur la pochette du disque, perçue plus par l'auteur comme existant pour des considération esthétiques plus que comme une simple barbe... Quand j'ai finalement écouté «I See a Darkness» j'ai compris pourquoi et je lui ai donné raison.
Cet album m'est apparu comme nettement supérieur au niveau des chansons, paroles et arrangements. On y trouve de vrais perles et ce, en abondance. Je parle ici de la pièce titre, de «Black» et surtout, mais surtout, de «Death to Everyone». On se permet de crier au génie en parlant de cette chanson, Oldham s'aventurant sur une avenue ô combien glissante mais tellement bien réussie en souhaitant la mort de tous. De plus, les thèmes sont plus variés et ne portent pas tous sur les relations amoureuses.
Par la suite, sa collaboration avec Matt Sweeny sur «Superwolf» (2005) était tout aussi cryptique. Sutout dans les paroles, où Oldham nous surprend en incarnant des personnages feminins et masculins dans une même chanson en écrivant à la première personne (ce qui porte parfois à la confusion). Je crois que les émotions qui sont les mieux portées par ces chansons sont celles qui sont contradictoires; l'amour - la haine, le désir et le rejet, incluant des allusions incongrues à la sexualité... Un disque tellement puissant et intime que c'en est troublant.
Étrangement, est inclus dans le livret de la pochette de «Superwolf» un court texte de l'écrivain américain Paul Bowles, portant sur la distinction entre l'alcool et le cannabis et leurs usages dans les sociétés musulmanes (haschish) et occidentales (alcool), ainsi que leurs impacts psychologiques sur les populations. Texte intéressant qui cependant vient brouiller la cohérence de l'oeuvre musicale. La logique de son insertion ne tient surement que par un fil,qui se trouve dans la tête de son créateur, mais échappe à celui qui le questionne.
Les disques plus récents de Bonnie Prince Billy «Beware» (2009), «The Letting go» (2006), «Lie down in the light» (2008), entres autres, ne me sont pas apparus aussi lumineux que leurs prédécesseurs. Me laissant avec l'impression que Oldham tente de rendre son chemin plus accessible. Notez que je n'oppose pas ici lumineux à sombre.
Dans «Survivance des Lucioles» de Georges Didi-Huberman, il analyse certains écrits de l'auteur et cinéaste l'italien Pier Paolo Pasolini. Il parle de ces hommes-lucioles qui cherchent leur voie à travers les ténèbres en suivant les «lueurs mouvantes du désir» dans l'amour et l'amitié. Dans ses nombreux disques, Oldham a réussit à faire preuve d'humanité et c'est cette même humanité qui cherche à nous faire signe dans la nuit, nous rappelant que nous sommes vivants, en quête d'amour et des autres....
Et si je ressasse tout ça, c'est que naturellement, les émotions sont revenues; l'amour et la tristesse, emmenant avec elles leur lot de pensées et d'actions contradictoires et j'ai besoin de quelqu'un qui peut encore les exprimer pour moi.
Pour me donner l'impression d'échapper à cette tromperie.
Suite à une écoute inspirante et une critique élogieuse d'une des plus récentes parutions d'Ashtray Navigations, je me devais de redécouvrir l'abondant catalogue musical de Phil Todd, l'homme derrière ces explorations du cendrier.
«Four Raga Moods» avait échappé à mon radar et en lisant les descriptions de cet album, je me suis convaincu que c'était tout à fait pour moi, d'autant plus que le titre m'était prédestiné. On peut se douter du type de flots sur lesquels navigue Todd; une mer brumeuse, à l'odeur de souffre, sous laquelle se trouvent des bouches volcaniques menaçant d'exploser à tout moment. Mais c'est aussi une mer chimique, un peu comme ces fontaines qu'on retrouve dans les bric-à-brac chinois, celles qui au contact de l'air vont produire une sorte de gaz fumigène,gaz qu'on dit innofensif mais que personne ne prendrait la chance d'inhaler. Par contre, les fumées d'Ashtray Navigations ne sont pas innofensives.
Sur ce disque, Phil Todd fait appel à quelques invités : Ben Reynolds, Pete Nolan (de GHQ), Chris Hladowski, Alex Neilson (Trembling Bells, Directing Hand...), Andy Jarvis, Matt Cairns et Melanie Delaney. Phil Todd est bien inscrit dans la scène expérimentale de Glasgow et est probablement un des artistes issu de cette scène le plus laissé pour compte mais somme toute le plus intéressant. Les quatres pièces composant ce «Four Raga Moods» sont hautement intoxiquantes et nous entraînent dans un monde surréel. Une écoute attentive, complète est vouée à nous amener dans un ailleurs et cette qualité se retrouve dans les différentes sorties de Phil Todd, ce qui en fait, à mon avis, de la grande musique.
Malgré la présence d'invités de marques, c'est la pièce solo de Todd «Hey Sunflower Motherfucker» qui se détache du lot. Un tapis de noise, de drones, couvert d'un jeu de guitare vaguement orientalisant, suivi d'un apex de drums et de sons distorsionnés font de cette pièce le morceau de résistance de ce disque. Soulignons aussi «The Pete Nolan Effect», qui dure plus de 30 minutes et s'avère une sublime pièce transcendantale de noise, casios cheaps, guitares, moog et une pléthore d'instruments contribuant à un sublime magma sonore. C'est une formule simple, reprise un peu tout le long du disque, mais très efficace. On a droit a un juste équilibre entre noise, psychédélisme et mélodies, l'esthétique lo-fi faisant plus pencher vers le noise. Une musique contemplative, résolument moderne.
Les gens derrière le label français Fractal sont tout simplement géniaux. Ils osent sortir des trucs iconoclastes et rééditer des chefs d'oeuvres. Rock Japonais, Free-jazz, musiques contemporaines, expérimentales... Ma première altercation avec le catalogue Fractal fut avec leur réédition des deux volumes du Frank Wright Quartet: «Center of the World» et «Last polka in Nancy ?», deux testaments vibrants d'un saxophoniste trop peu endisqué. Par la suite, ce fut le fabuleux duo d'Arthur Doyle et Sunny Murray «Dawn of a New Vibration», un des mes disques préférés de free-jazz encore à ce jour.
Ils ont osé aussi reprendre deux titres majeurs du catalogue Futura, soit l'album de Fille qui Mousse et Jac Berrocal «Musiq Musik». Lepuis longtemps épuisés, Fille qui Mousse vient de se faire rééditer par le label Futura en cd. Mais ils ne répondent pas à mes demandes incessantes de faire la même chose avec celui de Jac Berrocal, insistez auprès d'eux ici.
Arrive la réédition de Déficit Des Années Antérieures... Ce disque est étrangement sorti en 1982, mais cette réédition comporte des ajouts de documents audio datés de 1985 «Musique et Bruit du Bas Pa-Tât». Quel disque intéressant. On à ici un album se rapprochant de l'esthétique et de la démarche des Sun City Girls via leur série Carnival Folklore Resurrection. Sauf que, tandisque les SCG faisaient dans le punk bruitiste, DDAA jouaient de la musique ethnique pseudo-japonaise inventée et le résultat est excellent. Qualifiant leur musique d'«antimusic», les membres de DDAA semblent plus appartenir à une école issue de la performance ou à la limite du Fluxus. Mais cela n'enlève rien à leur aptitude de jouer des instruments et ils viennent créer des perles musicales. La présence de beatbox électro sur quelques pièces leur donne un quelquechose de plus qu'on retrouve rarement dans ce genre de musique ( bon cette musique est surement la seule en son genre , mais vous voyez l'idée...), s'inscrivant très bien dans l'époque où ont eu lieu ces sessions d'enregistrements. Guitare acoustique et électrique, koto ? (c'est crédité no koto, mais on dirait vraiment du koto), percus, saxophone, voix, synthés, instruments préparés... Cette musique imaginaire improvisée (all songs unwritten and composed by ... ?) vaut la peine d'être découverte.
Le groupe existe toujours et continue de sortir des disques, principalement des collaborations avec d'autres artistes, visitez leur myspace.