Aucun message portant le libellé France expérimentale. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé France expérimentale. Afficher tous les messages

dimanche 11 juillet 2010

Crabouif


Quand j'ai écouté pour la première fois l'album "L'incendie" de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, j'étais content de découvrir ce genre de musique dans la musicologie française. Sorti sur un label de free-jazz français, j'étais agréablement surpris de voir un disque de folk francophone dans son catalogue. J'avais, bien entendu,découvert auparavant l'album "Comme à la radio" qui a laissé une forte impression sur moi. Par la suite, j'ai entendu parler d'un disque, une collaboration entre Jacques Higelin et Areski, j'avais essayé vainement de me le procurer via les internets. J'ai finalement trouvé une copie usagée au magasin Bimbo Tower lors de mon dernier passage à Paris.

Ce disque s'est avéré une superbe découverte, me permettant d'entrevoir une facette plus expérimentale d'un grand de la chanson française, soit Jacques Higelin. C'est encore la revue Actuel qui m'a introduit avec le nom de Higelin. J'avais lu une critique d'un de ses disques où était utilisé le qualificatif "planant" pour le décrire. Je crois avoir tenté d'écouter un disque de Higelin mais je n'ai pas accroché. Sa discographie est somme toute abondante et je ne me souvenais plus quel était le titre de l'album en question. Sur cette collaboration avec Areski, les deux compères laissent libre cours à leur créativité et nous offrent un superbe disque de folk abstrait, minimal, avec des superbes paroles signées Higelin. Un disque quand même varié, oscillant entre des moments spoken word, de chanson et aussi de ethno-folk.



Suite à la lecture du livre "L'underground musical en France", j'ai appris que Higelin et Areski avaient collaboré à d'autres occasions et que les premiers disques de Higelin, sortis sur Saravah, pouvaient être aussi qualifiés d'expérimentaux. J'ai donc récemment trouvé un autre de ces cd en copie usagée à la Bouquinerie du Plateau sur l'avenue Mont-Royal (j'étais d'ailleurs avec une femme à qui j'ose dédier la chanson "Remember" plus haut). En passant, la Bouquinerie se veut de plus en plus une référence à Montréal pour trouver des cd usagés de musique expérimentale, de krautrock, de free-jazz et classique contemporain. Ils achètent aussi à bon prix. Ce cd est celui intitulé "Crabouif", sorti en 1971. Lors d'une première écoute en magasin, je n'étais pas totalement convaincu.Toujours ce caractère "naïf" qu'on retrouve sur la collaboration avec Areski, les enregistrements d'un enfant qui improvise des chansons, Arthur H , en l'occurrence, alors âgé de 5 ans (ce que je n'aime pas beaucoup, d'autant plus que cela a semblé être une mode pendant un certain temps, on retrouve ce genre d'intermèdes sur des disques de Ghédalia Tazartes, David Fenech, Aksak Maboul et autres. Le premier disque de Tricot Machine n'entre cependant pas dans cette catégorie.). Mais les chansons avaient quelque chose d'accrocheur et un titre a attiré mon attention, soit la dernière pièce du disque: "Musique rituelle du Mont des Abbesses (XXe siècle - XVIIIe Arrondissement). Lors de l'écoute j'ai été emporté par ce qui semble une improvisation au banjo, flûte orientale et voix, très minimale, aux teintes vaguement orientales. Je me suis dit que si cette pièce dépassait les 20 minutes, j'achetais le disque, car à ce moment elle vaudrait à elle seule l'album. Et comme de fait, cette pièce s'étire légèrement au-delà des 20 minutes...superbe.

lundi 15 mars 2010

Richard Pinhas et la Terre de glace


Je demande le froid. Rêve de glace, de paysages dénudés, balayés par le vent. Je rêve aussi de volcans, de sources d'eau chaudes, de geyser... D'une lande vierge et froide où je règnerais comme le seul homme. Peut-être est-ce l'arrivée d'un printemps précoce, le changement d'heure... Toujours est-il que je ressens une forme d'incomplétude. Comme si le cycle de la mort hivernale ne s'était pas complètement bouclé. Mon hiver intérieur persiste, malgré le soleil et la température clémente...

Depuis plusieurs années je rêve aussi à l'Islande. Il y a quelque chose de foncièrement mystérieux et d'attirant dans ce pays, qui fait que mon esprit retourne souvent contempler la possibilité d'y mettre les pieds. Je ne suis pas le seul qui y rêve. Je ne sais pas si c'est la production faramineuse d'artistes comme PIB qui y est pour quelque chose, mais avec l'éclosion des Bjork, Sigur Ros, Mùm et autres, il doit bien y avoir une source de création intemporelle dans laquelle il serait possible de puiser. Lors de mon passage à Berne l'automne dernier j'ai ressenti cet élan de créativité inhérent à la ville, je me suis fait traverser par elle et penser qu'y vivre quelques temps serait bénéfique. On m'a dit aussi que Berne était une ville triste, s'harmonisant bien avec notre musique. L'Islande bénéficie-t-elle aussi de cette aura?

Depuis dix ans, Reykjavik accueille le festival Iceland Airwaves qui s'étire désormais sur cinq jours. L'année dernière c'était plus de 150 groupes dont plus du deux tiers sont issus d'Islande...pour une population de près de 320 000 c'est énorme.

Mon premier intérêt pour l'Islande musicale est venu du superbe album «Story of Iceland» d'Eyvind Kang, sorti sur Tzadik en 2000. Une composition ésotérique qui m'a profondément marquée lors de sa découverte. Peut-être que dès ce moment j'ai associé mystère avec Islande.



Par la suite c'est le film «The Sea» (2003) qui m'a séduit. Film du même réalisateur que Reikjavik 101 (Baltasar Kormákur), qui raconte un drame familial tournant autour de la situation économique et sociale de l'Islande, avec des commentaires acerbes sur l'état des choses. Mais Kormakur réussit à teinter ses personnages des couleurs pourpres et vermeils, rehaussant la particularité monochrome du paysage social.

Et depuis quelques jours, l'excellent disque de Richard Pinhas «Iceland» (1979) m'accompagne et fait remonter ces épiphanies. Quel disque majestueux, un précurseur au courant New-Age, une musique synthétique sombre, froide où guitare électrique , synthétiseurs et électroniques épousent les formes l'un de l'autre. Un autre disque bien en avance sur son temps, qui n'a connu qu'un succès relatif. Avant de produire ce disque, Pinhas était membre du duo Heldon et a collaboré avec Deleuze sur une pièce nommée «Le Voyageur», où ce dernier faisait un spoken word soutenu par la musique d'Heldon. D'aileurs le premier album de Pinhas, intitulé «Rhizosphère», est le fruit du parcours d'un étudiant en philosophie, grandement inspiré par Deleuze et l'avant-garde musicale de son époque. Cuneiform Records a réédité une grande partie du catalogue de Pinhas/Heldon, pour notre plus grand bonheur.




Ce qui est d'autant plus fascinant, est que j'écoute en parallèle le plus récent disque de Yellow Swans «Going places». C'est très, très, proche de «Iceland». C'en est même troublant (mais dans un bon sens). C'est surtout au niveau des ambiances sonores que la similitude est frappante, le traitement des sons est cependant beaucoup plus saturé chez Yellow Swans que chez Pinhas. Normal, Yellow Swans ont une esthétique plus «noise» et cela n'apparaît pas comme surprenant sachant qu'ils se sont fait connaître au sein cette scène musicale. Par contre, ce nouvel album est sorti sur Type et est beaucoup plus mélodique de ce que j'avais entendu d'eux auparavent.



Le printemps n'est pas qu'une saison...

lundi 1 mars 2010

Gérard Manset: «La mort d'Orion» ( Pathé Zenon, 1970, réédition World Psychedelia 2007)


Beaucoup d'opéra-rock ont connu un succès retentissant dans les années soixante-dix. On pense facilement à «Tommy» de The Who, «Jesus Christ Superstar», «Hair», etc... Naturellement, tous ne connaissent pas un succès instantané, sort qui est habituellement réservé à toute oeuvre d'avant-garde, soit de pourrir dans l'ombre avant de donner naissance à des champignons hallucinogènes et libérer leurs spores dans la société, intoxiquant toutes les sphères de création. Mais je m'éloigne...

«La Mort d'Orion» est donc une oeuvre construite sur le format opéra-rock, soit une histoire qui se décline en chansons. Plusieurs actes nous transportent au coeur d'un récit qui connaît un début et une fin. Tout au long de l'histoire, les ambiances changent et les narrateurs aussi, permettant des changements assez drastiques entre les mouvements. Sincèrement, ce n'est pas un genre musical qui capte mon attention. Mais c'était sans compter sur ce disque de Gérard Manset.

Tout d'abord, précisons que Gérard Manset est un artiste atypique, qui a connu un certain succès dans les années 70 et qui continue de créer sous plusieurs formes; écriture, peinture, musique, photographie... Il aurait par ailleurs aussi écrit plusieurs chansons pour des interprètes français et québécois. Une chose qui le caractérise est qu'il n'a jamais fait de spectacle, ni fait ouvertement la promotion pour sa musique. Il dit trouver cela ridicule et impudique de chanter devant un public. D'emblée, j'aime même sans avoir écouté sa musique. Le disque «La Mort d'Orion» est celui qui a contribué le plus à son succès , se vendant à près de 20 000 exemplaires. On dira que 20 000 c'est pas énorme, mais pour une oeuvre aussi particulière, c'est tout un exploit.

Ce disque est d'une étrange beauté, difficilement qualifiable. Nous sommes en territoire résolument du type «chanson française», avec des arrangements parfois pompeux de cordes et du chant rappelant vaguement Francis Cabrel. Mais une aura expérimentale plane au-dessus de cet ensemble et se matérialise en une poésie parfois tellement surréaliste et macabre, parfois en des arrangement de sitare intoxiqués aux amphétamines, parfois des effets de studio impromptus sur les voix, parfois avec des chants rappelant vaguement Ghédalia Tazartès... Parfois, car effectivement l'expérimentation n'imprègne pas tous les mouvements de la pièce, il y a des moments très orthodoxe voix /piano/ violon, qui rendent le produit quand même assez accessible.

D'autres chansons suivent «La mort d'Orion», qui compose la moitié du disque. L'autre moitié est toute aussi étrange mais avec des changements un peu moins brusques. La poésie est encore aussi particulière, parfois un peu simpliste mais cela ajoute au charme de l'oeuvre. Il y a tellement de paroles qu'on pourrait citer sur ce disque et tellement de moments particuliers qui suscitent notre interrogation... Vraiment un belle oeuvre, son écoute est marquante.

mercredi 17 février 2010

Besombes-Rizet «Pôle vol.2» (1975, réédition mio records 2004)



L'histoire derrière cet enregistrement est assez complexe. On ne sait pas trop si Pôle c'est un label, un nom de groupe ou un nom de disques. Il en ressort que Pôle est avant tout un label, fondé par Paul Putti, Evelyne Henri et Jean-Louis Rizet en 1975. La confusion que représente l'entité Pôle est voulue et entretenue tout au long de leur trop brève histoire, qui prendra fin en 1977. Rizet enregistre donc cet album double avec Philippe Besombes, qu'ils nommeront Pôle vol.2 et ce sera l'unique collaboration entre ces deux musiciens, mais aussi chercheurs.

Besombes et Rizet sont des scientifiques, des chercheurs de sons et de matière, qui ont bénéficié de l'agitation des années 70 pour se lancer dans une aventure musicale incroyable. Les deux ont aussi été des collaborateurs de Luc Ferrari. Voilà une autre démarche qui m'inspire; des gens qui ne se limitent pas qu'à la musique. Celle-ci devient un autre volet de leur parcours et s'inscrit en toute cohérence au sein même leur vie. Qu'une étape de plus dans la quête perpétuelle de savoir et de vérité.

Toujours est-il qu'ils ont crée un disque tout simplement fantastique. Parfois on est ramené à Vangelis, style «Chariots of Fire», pour les montées épiques de synthétiseurs, ou à d'autres trames sonores de film de science-fiction complètement obscurs. Les ambiances sont prenantes, le son bien travaillé. On a droit a une esthétique résolument «prog» quand les drum embarque, surtout sur la première et dernière pièce. Mais on a aussi en prime des flûtes traitées, du saxophone, du jeu de clavier «rileyesque», plein de sons électroniques incongrus, de la trompette amplifiée rappelant Nils Peter Molvaer. Et j'ai été particulièrement surpris par des rythmiques synthétiques, se voulant une sorte d'archétype du techno vers la fin de la pièce «Armature Double».

On aurait pu se passer de la pièce humoristique «Rock à Montauban», qui est une pastiche d'une chanson rock de trois minutes, sur comment être une vedette rock. Mais dans l'optique de ce que j'ai déjà écrit sur l'avant-garde musicale française et l'humour, on est pas vraiment surpris. Les dialogues entre les deux musiciens sont somme toute rigolo, et parviennent à nous arracher un sourire. C'est le caractère intrusif de la pièce parmis l'ensemble qui apparaît de trop. Seulement, en y réfléchissant, sur vinyle elle doit terminer la face A du deuxième disque. Ce qui correspond à une certaine logique, propice à clôturer une oeuvre très cérébrale. La pièce qui va suivre, «Synthi soit-il», est monstrueuse. Il s'agit de 21:54 minutes de paysages sonores synthétiques, d'abstractions et d'expérimentations subjugantes qui vaut à elle seule toute une face de vinyle.

Au risque de me répéter, ce disque est lui-même monstrueux (dans le bon sens du terme)et vaut vraiment la peine d'être découvert. Surtout à notre époque, où il acquiert une pertinence indéniable, à la lumière des nouvelles musiques dont Besombes et Rizet ont été des pionniers.

Petit vidéo fait avec une pièce d'un disque de Philippe Besombes solo.

mercredi 3 février 2010

Birgé/Gorgé/Shiroc : «Défense de» (réédition mio records)


Fruit des années 70, ce disque issu de l'underground français a acquis un statut mythique avec les années. Un sommet de l'étrangeté, où se déploie une musique improvisée hautement inspirée. Cette réédition est offerte avec des pièces extras (d'autres versions et inédites) et un dvd contenant un film de Jean-Jacques Birgé et de Bernard Mollerat intitulé «La nuit du phoque», réalisé dans la cadre d'un cours universitaire en 1974. Je ne me positionnerais pas sur le film, je ne suis pas un amateur de cinéma expérimental, donc je laisserais à d'autres le soin de commenter. Cependant, le dvd contient plein d'extras audios (6 heures...) très intéressants qui ne sont jamais parus auparavant. Disons que ça ajoute un plus value au dvd.

Mes pérégrinations dans la musique expérimentale française m'ont amené là où il fallait. En lisant le livre mentionné dans mon post précédent (voir juste en dessous), je me suis aperçu que la majorité des disques que je m'étais procuré étaient ceux dont je trouvais les descriptions les plus intéressantes. D'autres étaient en voie d'arriver (reçus cette semaine). Un des détours invévitable, est le disque «Défense de». Il s'agit ici d'une musique difficilement qualifiable ou même définissable. Abstractions sonores, free-jazz, free-rock, musiques électroniques improvisées...on a là un beau fourre-tout. C'est aussi le genre de musique que certaines personnes écoutent et trouvent que c'est n'importe quoi et disent la banalité suivante: «J'aurais pu faire ça moi aussi». Laissez-moi leur répondre une bonne fois pour toutes: «Oui, mais tu ne l'as pas fait et tu ne le feras jamais. Et même si tu le fesais, ça ne sonnerait pas comme ça et ce serait totalement différent. Donc fais-le et peut-être que dans quarante ans ce sera un classique...(j'en doute)». En passant, je crois qu'on entre dans une ère où les enregistrements mythiques ne seront plus possible en raison de leur disponibilité outrancière et de la multiplication des genres ainsi que de l'archivage éhonté de toutes formes de musique, mais bon, c'est surement pour le mieux...

Pour revenir au disque après cette disgression, on peut remaquer en effet que certaine pièces, en particulier «La bulle opprimante», semble être un foutoir musical où chacun fait ce qui lui plaît et qui nous rapelle les shreds qu'on peut entendre sur internet (surtout celui de Santana). C'est peut-être ça la «bulle opprimante», zone de créativité où se situe le musicien improvisateur qui, au lieu de jouer en harmonie avec les autres, cherche à les opprimer par son jeu, en défaisant ce qui est en train de se construire... Par ailleurs certains moments à l'orgue ou au piano électrique me font penser au jeu de Justin sur le cd de l'Ensemble Kesdjan, où une bribe de mélodie, quelques accords, apparaissent hors du chaos le temps d'apporter un peu de lumière. Même chose pour le drum, où parfois une rythmique semble se dessiner mais c'est pour mieux foutre le camp, laissant parfois le synthétiseur garder une pulsion vitale. La présence du saxophoniste Antoine Duvernet, amène une touche mélodique sublime dans des moments parfois confus pour l'auditeur, où les synthés et la guitare électrique mènent un jeu sauvage, libre de toutes structures. L'instrumentation sur ce disque est impressionante et est recensée pour chaque pièce dans le livret. Attention, ceci est un disque complètement MALADE... Pour les amateurs de free-jazz, de musiques expérimentales, d'étrangeté (bref, moi et quelques amis...).

c'est disponible sur le site de Jean-Jacques Birgé directement

http://www.drame.org/3GRRR/Disco.html


Dites-vous qu'à 25 euros, ça en vaut largement la peine.

Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir avec le disque une carte postale promotionelle du projet Nabaz'Mob de Jean-Jacques Birgé et Antoine Schmitt. Surprise car c'est la même image qui est utilisée pour l'édition 2010 du Festival de Musique Actuelle de Victoriaville (FIMAV), où se produira Nabaz'Mob au mois de mai, avec son opéra pour 100 lapins communiquants. Moi qui n'avait aucune idée de ce que c'était, je crois bien que je vais aller voir ça...

dimanche 17 janvier 2010

mea culpa


C'est la suggestion de mon accolyte ypl de faire un mea culpa compte tenu de ce que j'ai écrit sur la musique expérimentale française...je m'excuse. Je dois avouer mon ignorance dans cette branche musicale et c'est justement ce qui m'inquiète.

Depuis mes premiers post à ce sujet j'ai fait mes recherches et commandé plusieurs albums de musique expérimentale française des années 70. Depuis une semaine j'écoute de la musique hautement inspirée et inspirante, c'en est troublant.

Quel est ce curieux phénomène faisant qu'un amateur de musique expérimentale, d'expression francophone, se soit tenu à l'écart d'une scène riche mais ô combien méconnue? J'ai toujours prêché la recherche musicale, ne pas attendre que la musique vienne à nous mais plutôt aller vers elle, de cette façon les découvertes sont d'autant plus satisfaisantes...bien sûr, il y a une limite à la curiosité et il est nécessaire de bénéficier d'un apport extérieur; disquaires, magazines spécialisés, blogs, etc... Je croyais me débrouiller pas mal, mais je me suis aperçu de ma paresse, de la façon dont je suivais les chemins que j'avais déjà tracé et par le fait même ne plus être si ouvert à de nouvelles découvertes.

Un commentaire sur une entrée précédente m'a fait réaliser que la France était aussi une des «perdantes» de la deuxième guerre mondiale. En fait, elle serait surement une des perdantes véritable, une de celle qui ne s'en ait pas vraiment remis dû à l'illusion de la victoire...

Pourquoi la musique expérimentale française des années 70 est-elle demeurée marginale pour un amateur comme moi ? Une des réponses qui me vient (rapidement) est tirée d'un livre sur le free-jazz en France. J'ai feuilleté brièvement ce livre de Vincent Cotro intitulé «Chants Libres; le free jazz en France, 1960-1975», et dans les dernières pages l'auteur , en l'espace de 2-3 pages, se questionne sur l'existance d'un free jazz typiquement français. Bon, je crois que la réflexion n'est pas super poussée mais une chose a retenue mon attention lorsqu'il parle d'une sensibilité française. Outre l'empreinte de la musique contemporaine, l'atonalité, l'élargissement du potentiel sonore par l'utilisation de différents instruments et autres considérations techniques, il mentionne un propension à l'auto-dérision...

C'est ici où d'habitude je décroche. Je n'aime pas vraiment la musique humoristique et encore moins celle qui joue sur l'auto-dérision (voir me posts sur le hip-hop québecois...). c'est facile de remarquer que cette tendance est largement répandue en France (Lard Free...) et, dans le free-jazz, c'est quelque chose qui m'a tenu à l'écart. Moi, admirateur de la cérébralité, du spirituel, de l'intensité sérieuse...Pas que ces qualificatifs soient incompatibles avec l'humour, seulement que j'ai l'impression toute personnelle que c'est une dépréciation de la démarche afin de la rendre plus accessible...(ça me rapelle un groupe québecois..).

On m'a fortement suggéré l'achat d'un LP récemment, soit celui du français El-g intitulé «Tout ploie». El-g est un des accolytes de Ghedalia Tazartès dans le groupe Reines d'Angleterres, show que j'ai tout simplement détesté pas un manque cruel d'originalité et pour le rôle de second ordre de M. Tazartès. J'avais trouvé aussi que les deux musiciens l'accompagnant avaient de drôles d'attitudes (ou énergie) vraiment pas invitantes et contrastant avec celle de Tazartès. Et leur élucubrations sonores étaient d'un vide profond... Voilà que j'ai acheté le dit disque, quand même, je suis curieux. C'est pas vraiment mauvais;un mélange de folk/chanson psychédélique et de collages sonores intéressant mais malheureusement les paroles sont insignifiantes (...auto-dérision?) et rendent le tout...mmm disons ....un peu stupide. Sans non plus faire preuve de grande originalité (ou peut être s'inscrit-il dans la lignée des grands chanteurs français? Écoutez Areski et Higelin; c'est plus drôle et mieux fait). Jeter un sequoia par la fenêtre, ce n'est pas drôle et énumérer une liste de choses absurdes qui seront également jetées par la fenêtre c'est un peu...mmm disons...un peu stupide. De plus, une entrevue du principal intéressé sur le site de Digitalis tombe aussi dans l'absurde et l'auto-dérison (mais le type fait preuve d'une grande culture musicale)...Je n'ai rien contre l'humour, c'est juste une drôle d'impression qu'il y a quelque chose qui cloche dans la démarche et surtout une certaine prétention...

jeudi 7 janvier 2010

France expérimentale p.t.3


Le monde virtuel est fascinant. Plus que je passe de temps sur les internets, plus que je suis stupéfait de ce qui s'y passe. C'est pas nécessairement mauvais, il se passe aussi de belles choses. Le fait de tenir un blog procure une certaine visibilité sur le web; les gens viennent voir, s'en vont, reviennent...certains marquent leur passage par un commentaire et invitent à découvrir leur blog. Pourquoi pas, quand des intérêts communs se rejoignent, autant les frotter ensemble pour voir si une étincelle ne va pas en sortir...

Si ce qui m'est arrivé avec le blog Les oreilles qui bourdonnent, où en fouillant un peu sur ses pages, j'ai découvert une entrée très intéressantes sur l'album d'un certain Jean Guérin intitulé «Tacet» (réédité par le label italien Elica). En bon acheteur compulsif que je suis, j'ai en l'espace d'une demie journée, trouvé un magasin en Italie qui tenait le dit cd et je n'ai pas pu m'empêcher...

Jean Guérin est une autre figure méconnue de la musique expérimentale française des années 70. Tous ceux qui ont écouté ce disque conviennent qu'il s'agit ici d'un disque très étrange,échappant au formatage grand public.

Tacet en latin, signifie se taire, c'est aussi une expression utilisée en musique pour marquer des silences. Je ne suis pas sûr du lien avec la musique contenue sur cet album, du lien avec le silence. Après de nombreuses écoutes, je retire qu'il y a définitivement une sensation «aquatique» à l'ensemble. Beaucoup de sons aquatiques, de un (des gouttes d'eau, marcher dans des flaques...), mais aussi le procédé d'enregistrement a quelquechose de distant, de flou. Je crois que c'est encore plus tangible dans les percussions, quasi omniprésentes sur ce disque. Des percussions liquides, distantes...très étrange. Le jeu de percussion me rappelle d'ailleurs un peu le travail d'Ikue Mori (percussioniste au même titre que Jean Guérin) et les manipulations électroniques aussi. Ce qui rend ce disque un peu plus intéressant que ceux de Mme Mori c'est l'apport des mélodies jouées au saxophone et à la trompette, les collages bruitistes et encore ce sentiment d'étrange étrangeté...très réussi.

J'ai longtemps pensé que sous l'eau, c'était le silence, on entendait rien. Mais une fille que j'ai fréquenté, adepte de plongée sous-marine m'a dit le contraire, qu'on entend beaucoup de choses et des choses qu'on a jamais entendue auparavant...

Ce disque est sorti sur le label français Futura en 1971, le même label qui a fait paraître le disque Fille qui mousse et le mythique Jac Berrocal «Musiq Musik». Celà dit, je crois que je viens de trouver un autre filon à explorer....

Pour revenir à ma réflexion sur l'expérimental français, serait-il possible qu'après la deuxième guerre mondiale, la France, qui était le phare des arts d'avant-garde, ai reléguée SES artistes expérimentaux à l'undergound? Un underground foisonnant mais ô combien méconnu? À suivre...

mercredi 6 janvier 2010

France expérimentale pt. 2


J'ai déjà parlé de la liste mythique de Nurse With Wound dans les pages de ce blog, avec un lien vers un blog où il était possible de downloader la plupart des albums se retrouvant sur cette liste. Comme je déteste downloader de la musique, il ne me reste qu'à trouver des copies physiques de certains des albums mentionnés dans cette liste. Profitant de ma lancée sur la musique expérimentale française, je tiens à souligner une autre oeuvre remarquable soit, l'album de Fille qui Mousse.

Définitivement un des noms de band le plus particulier que j'ai vu...Je veux dire, surement que Fille qui mousse soulève les mêmes images pour vous que pour moi, non? Le titre de l'album serait «Trixie Stapleton 291 se taire pour une femme trop belle». Difficile de dire si Trixie Stapleton a vraiment existé, ailleurs que dans l'imagination et les liners notes hermétiques d'Henri-Jean Enu, l'homme derrière le projet et également créateur d'une revue de contre-culture nommée le Parapluie. Mais encore, les notes disent que Trixie était une amie, membre de la troupe de danse Exploding Galaxy et qu'elle a été internée dans un hôpital psychiatrique...Que de considérations futiles....

Car ce qui nous intéresse est effectivement la musique. Et quelle musique. Ce disque est un espèce de collage sonore en neuf parties où se mêlent rock, drones, ambiances orientales, spoken word, musique concrète...Henri-Jean Enu, s'est entouré d'amis musiciens pour créer une oeuvre indémodable et très très particulière...Je ne sais pas trop à quoi ça pourrait être comparer...un moment c'est Can, l'autre John Cale...Un autre disque fascinant issus du début des années 70 de cette France d'après-guerre.

C'est drôle, en écrivant sur la musique je suis porté à y réfléchir aussi un peu. Je constate qu'actuellement je suis plus touché par des albums explorant diverses avenues musicales, qui ne se contentent pas d'une genre particulier et qui échappent au formatage . Et cette affinité suit une ligne parallèle avec ma musique...

mardi 5 janvier 2010

France expérimentale p.t.1


J'ai un peu parlé contre l'avant-garde française dans une entrée précédente et mon ami Olivier m'a vite rappelé à l'ordre. Car il y en a eu des choses intéressantes, pas beaucoup mais quand même il y en a eu. Le seul problème c'est qu'on doit dépoussiérer les genres, arpenter les blogs, se risquer dans le prog...Je consacre donc quelques entrées à certains albums français découvert récemment.

Je veux parler ici du groupe français Lard Free. Je suis un grand amateur de free-jazz et musique actuelle, je me renseigne, écoute, cherche, mais là ....Lard Free !? C'est sérieux? Réponse: évidemment que ce l'est et le disque que je me suis procuré est foutrement bon.

On asssiste sur ce disque à la naissance d'un groupe mêlant improvisation jazz et ryhtmique rock, se rapprochant un peu de Soft Machine mais plus dans l'esprit que dans la musique, car en comparaison de ce que je connais de Soft Machine, c'est beucoup plus expérimental. Enregistré à Paris en 1971 et 72, ce disque est un prédecesseur à leur premier album officiel, mais est paru plus tard. Mélange de free-jazz et de rock disais-je mais c'est pas encore tout à fait juste. Rien à voir avec Last Exit (vous connaissez?). C'est beaucoup moins lourd et pas «rock» pour les mêmes raisons. D'ailleurs je pense bien que ceci est leur disque le plus près du jazz.

De plus, les musiciens sur cet enregistrement me sont complètement inconnus...pourtant ils assurent pas mal. D'emblée le jeu de Dominique Tardif à l'orgue est hallucinant, Robert Wood au vibraphone vient ajouter une touche onirique à l'ensemble etle jeu de Philippe Bolliet au sax et à la clarinette, totalement inspiré, touchant par moment à l'esprit de Ayler mais aussi celui de Brotzmann dans les moments plus intenses. Les pièces passent du free au mélodique, de l'arrythmique au groove de façon magistrale. Vraiment une belle surprise qui me pousse à aller chercher les autres disques de ce groupe qualifié de prog...

Mais encore cet humour français dans la musique expérimentale...humour qui se justifie plutôt face à la musique. Lard Free....ahaha...et les noms de tounes: «La chevauchée des vaches qui rient» (....ahaha...) «Cochonailles» «Choconailles» «Noisy Son Sec»...et je passe le reste. Naturellement je n'ai pas trouvé que la musique sur ce disque se prêtait à la blague... mais bon, parfois quand c'est trop intense il faut se rabaisser un peu.

le myspace aussi est digne de mention

www.myspace.com/saindouxlibre

sans commentaires